Got A Girl, le nouveau projet de Dan The Automator qui rend hommage aux 60′s

Depuis son album Lovage en 2001, sous le nom de Nathaniel Merriweather, on connaît le goût du producteur de hip-hop arty Dan The Automator pour l’easy-listening, la musique de cocktail légère, sucrée et pétillante, à siroter affalé dans un fauteuil en fourrure acrylique ou dans l’autoradio d’une voiture de collection. Son nouvel album, sous le nom de Got A Girl, est un peu la suite de Lovage : un disque d’electro-pop moelleuse et cinématographique, avec des rythmes languides et des nappes de violons scintillants, taillé sur mesure pour la voix sexy et veloutée de Mary Elizabeth Winstead.

Cette chanteuse est d’abord une actrice du cinéma indé américain. On l’avait découverte en 2007 dans le chef-d’oeuvre de Quentin Tarantino, Boulevard de la mort. En tenue de cheerleader jaune et noire, assortie aux couleurs de sa Ford Mustang 1972, sous une frange à la Chan Marshall, elle incarnait une parfaite ingénue, voire une ravissante idiote, au potentiel érotique excessivement élevé. Mary Elizabeth Winstead et Dan The Automator se sont connus sur le tournage du film Scott Pilgrim.

Got A Girl, c’est donc un peu leur She & Him (le duo de Matt Ward et Zooey Deschanel) en ville, sur le toit en terrasse d’un building new-yorkais, avec moins de guitare et de paille ; un hommage au luxe et au glamour des 60’s finissantes, à Serge et Jane, à BB sur sa Harley, à Lee & Nancy, à James Bond et à ses girls, à tous ces duos dandys dégoulinants d’élégance et débordants d’idées.

Ce disque est aussi un clin d’oeil de biche au trip-hop et à son éternel retour. Son petit coeur tout bleu, Mary Elizabeth Winstead chante souvent comme une Beth Gibbons qui n’aurait jamais connu la dépression, juste des chagrins d’amour sans lendemain. Et parfois de bons moments de rigolade : les paroles du très dansable Da Da Da disent “Cette chanson est pourrie, elle craint, c’est de la merde. Je veux chanter cette putain de chanson…Da Da Da est l’avant-dernière chanson de l’album, placée entre La La La et Heavenly. C’est aussi pour ce genre de détails qu’on appréciera Got A Girl.

Clip : Haim – « My Song 5″ (feat A$ap Ferg)

Le trio féminin a fait sensation en sortant son premier album l’année dernière, Days Are Gone. En est extrait ce « My Song 5″, réalisé en collaboration avec le rappeur A$ap Ferg… 

Le titre de Haim est aujourd’hui clippé, et on y trouve une ribambelle de guests dissimulés un peu partout façon « où est Charlie ? ». Une parodie de l’émission de Jerry Springer, dans laquelle on retrouve évidemment notre triplette sexy, mais également Ezra Koenig, Grimes, Kesha, Big Sean et A$ap Rocky. Rien que ça ouais. 

Tame Impala et le plagiat











2012, Tame Impala fait son petit buzz avec la sortie de son deuxième album, Lonerism. Tame Impala par-ci, Tame Impala par-là, tout le monde ou presque s’éprend du chill des Australiens. Sur ce deuxième album, un titre se démarque et devient rapidement LE tube du groupe : « Feels Like We Only Go Backwards ».  

Le titre est aujourd’hui accusé de plagiat par un artiste populaire argentin, le chanteur Pablo Ruiz, qui trouve quelques similarités entre son « Oceano » (1989) et le « Feels Like We Only Go Backwards » des Australiens… alors que le groupe est justement passé par l’Argentine cette année. Pablo Ruiz était-il dans le public : « Esta mi cancion, esta mi cancion ! » ? Bref, blague à part, on vous laisse comparer les deux titres, vous vous ferez bien votre propre avis sur la chose… En ce qui nous concerne, ce sera un gros « mouais »…   

Live : Todd Terje « Inspector Norse »

On connaît le goût du grand Terje pour la gaudriole et il arrive parfois qu’il se lâche aussi sur scène. A l’occasion du Øya Festival, il a sorti le grand jeu pour son tube « Inspector Norse » et surtout une troupe de danseuses et des guirlandes, allant toujours plus loin dans le kitsch.

Se rendant bien vite compte qu’il allait créer une attente assez incroyable avec cette folle vidéo il en a profité pour rappeler qu’il ne sortirai pas ce live hors du sol norvégien. Bref regardez bien la vidéo, vous ne reverrez peut-être jamais une telle performance.

 

 

“The Devil Is Beating His Wife” de Bruce Joyner et Atomic Clock, un album bouleversant et nécessaire

Ce garçon, majestueux dans une quelconque parade de freaks (oeil de verre et cordes vocales désintégrées par une ingestion de révélateur photographique, le tout sur un fauteuil roulant), mit la Géorgie au mitan du rock planétaire des 80’s. Il le fit grâce à un groupe (The Unknowns), un chant crissant et une inspiration brinquebalante, finalement assez proches du Wall Of Voodoo de Stan Ridgway.

La France, alors propice aux réhabilitations, réserva un triomphe à cette caravane de l’étrange emportée par le hoquet des guitares Mosrite, le reste de l’univers n’y prêtant qu’une attention courtoise. Quelques incarnations plus tard (The Plantations, The Tinglers), Joyner retrouve le guitariste Tom Byars et quelques fleurons représentatifs de ce que doit être le rock de toute éternité : compulsif, de guingois, impudique et romantique. Car, tel un Roy Orbison qui lécherait ses plaies en public, l’Américain a développé un grandiose lyrisme.

Et en douze chansons, tendues ou alanguies, l’éternel adolescent fait surfer le garage de ses émotions en une déchirante modernité, et mesure dignement le temps qui passe, conservant fichée dans le coeur la conviction que l’élan irrépressible de son chant fera vibrer les âmes, mais jamais les tiroirs-caisses. Un album bouleversant et nécessaire.

Chronique : Boogers – Running In The Flame











Artiste: 

Album: 
Running In The Flame

Steph’ Charasse a encore oublié de grandir. L’homme qui se fait appeler “crotte de nez” joue les emmerdeurs de la pop depuis la deuxième moitié des années 2000, dans la catégorie “punk-pop pour bricolos”. Running In The Flame révèle la plus grande réussite du Tourangeau : maintenir ce vernis naïf et ludique tout en développant une capacité de composition à rendre jaloux un paquet d’ignares indés qui se prennent trop au sérieux.

L’ouverture “Nerves”, très rock 90’s pour alternos, laisse place à un jeu d’équilibriste entre les bidouillages spoken word de Cheveu et les déhanchés électro-pop de son pote Rubin Steiner sur “The Big Summer”. Avec une prod’, c’est utile de le préciser, impeccable. “Goin’ Downtown” sort quelques gimmicks country pour mieux nous servir une sauce rock pleine d’ingrédients secrets, “Dis-moi pourquoi” rappelle aux skaters que Seven Hate manque à la France… Tout ça sonnant faussement débile, alors que le fond est parfaitement maîtrisé et authentique. Le temps où Boogers jouait les grooveurs pour enfants de 7 à 77 ans semble très loin… mais en même temps, pas tant que ça. 

Concours shopping Tsugi 74 : des casques Audiofly, des t-shirts Sixpack et des sacoches Kothai à gagner











Si vous lisez notre merveilleux magazine, vous avez peut-être remarqué la présence d’une page qui présente une sélection de fringues et d’objets que Tsugi qualifierait de « coolos ». Et vous avez peut-être vu qu’on en faisait gagner certains ! Vous avez raté ça ? Une chose à faire : courez retrouver le numéro 74, car cette rubrique est mensuelle ! Et également pour une raison technique : comme vous pourrez le voir, un code présent dans le magazine sera nécessaire pour participer à chacun des concours… 

Rendez-vous sur Tsugi.fr pour gagner les articles signalés en rouge en indiquant les CODES CADEAUX que vous aurez trouvés en page 28 du numéro de juillet-août 2014 ! 

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9 T-shirt Volcom FA Tobacco And Leather Lady, 35 €
10 Montre Nixon Time Teller P, 65 €
11 Sneakers Onitsuka Tiger x Andrea Pompilio, 140 €

Pour tenter de remporter un de ces cadeaux, envoyez vos réponses à web@tsugi.fr avec « concours showroom 74 x xxxxx » (adaptez selon le lot) en objet, en mentionnant bien vos coordonnées complètes, le CODE correspondant dans le numéro 74 à la page 28 ainsi que le de nombre de personnes qui, selon vous, participeront au concours.

 

Summer of the 90’s : l’assassinat de Tupac

Tout y est : les photos nocturnes prises au gros flash dégueulasse, les voitures arrêtées au milieu de la route, le diner clignotant en arrière-plan et le ruban jaune traçant la “police line” (“Do not cross”). C’est une scène de crime comme on en voyait dans Hollywood Night, série de téléfilms américains qui occupa une décennie durant les couche-tard neurasthéniques bloqués chez eux le samedi soir.

Le pitch de l’épisode ? A Las Vegas pour assister à un combat de boxe, une icône du gangsta rap reçoit quatre balles tirées d’une mystérieuse Cadillac blanche. Transporté à l’hôpital, il décède de ses blessures quelques jours plus tard et laisse derrière lui beaucoup de questions sans réponses… Contrairement aux téléfilms policiers, dans la vie, les meurtres ne sont pas toujours élucidés. Et à l’inverse de tous les Hollywood Night diffusés sur la première chaîne, la fusillade du 7 septembre 1996 qui coûtera la vie à Tupac Shakur est un épisode que l’on n’oublie pas.

Si les théories sont aussi nombreuses qu’incertaines (selon les interlocuteurs, on apprend que Tupac est toujours vivant, que la fusillade fut commanditée par Biggie et Puff Daddy, que le boss de Death Row Records est en cause, que la police de L. A. est mouillée ou que la Ligue de défense juive est impliquée), une chose est sûre : la disparition de Tupac marque de manière indélébile l’époque. Celle de l’âge d’or de la culture hip-hop, de la rivalité East Coast/West Coast aux Etats-Unis, mais aussi du règne des bandanas et des survêts XXL.

Car si la mort de Tupac participe largement à sa légende, elle préfigure aussi celle de son rival Notorious B.I.G., abattu six mois plus tard à Los Angeles – un crime qui, lui aussi, ne sera jamais élucidé. Deux disparitions qui marquent l’histoire de la musique de la fin du XXe siècle et font écho à celles de nombreux rappeurs morts trop tôt (Eazy-E, Big L) durant cette décennie sans pitié. Vies éphémères et tubes impérissables.

Si certains affirmeront que la postérité de Tupac doit plus à son charisme et son sens du business qu’à ses talents de rappeur, il s’impose malgré tout comme une figure mythique. Du genre de celles dont les cendres furent ensuite partiellement fumées avec du cannabis par ses potes d’Outlawz. Et dont les derniers mots, recueillis par un policier de la patrouille à vélo de Las Vegas, furent, tout simplement : “Fuck you.”

Summer of the 90′s jusqu’au 24 août, tous les samedis et dimanches soir, Arte. L’Age d’or de la culture hip-hop de Matthias Reitze, à revoir sur Arte +7

Aphex Twin : l’interview











Le rock a ses stars, la techno a ses mythes. Quand les uns dévastent des chambres d’hôtel, les autres se cachent derrière un jeu de piste de pseudos, refusent de se faire voler leur âme par un appareil photo, nourrissent le réservoir à rumeurs et disparaissent des mois entiers sans laisser d’adresse. Si les choses ont changé aujourd’hui à l’époque de David Guetta et de Paul Kalkbrenner, les pères fondateurs de la techno étaient des héros souvent aussi torturés que discrets. 

On se souvient d’Underground Resistance, de Maurizio (qui, rappelons-le, n’est pas un aristocrate italien fou mais un duo germanique fan de reggae) mais aussi, plus proche de nous, de Burial ou du collectif anonyme Pom Pom. Dans le genre sans visage, il y a aussi évidemment les Daft Punk, même si on ne sait plus trop où les ranger entre David Guetta et Underground Resistance. Mais parmi les pionniers de l’électro, il en est un plus mystérieux, étrange et inquiétant que tous les autres : Richard D. James alias Aphex Twin, AFX, Blue Calx, Polygon Window, Dice Man et des brouettes d’autres pseudonymes plus alambiqués encore. 

LE DIEU DE LA CULTURE RAVE

Cela peut paraître étrange aujourd’hui mais il fut un temps où cet autodidacte rouquin et chevelu né dans une famille désargentée de la Cornouailles britannique était considéré à l’égal d’un dieu par tous les disciples de la culture rave. Dans les années 90, chaque vinyle d’Aphex était accueilli tel un oracle portant en lui l’avenir de la musique. Et c’est peu dire que le garçon était prolixe. Qu’il explore l’acid house, l’ambient, l’électronica (ou plutôt l’intelligent dance music comme on disait alors bêtement), flirte avec la musique contemporaine puis s’aventure au coeur d’une jungle très personnelle et de plus en plus agressive, Aphex Twin tutoyait les sommets. Avec le recul, il faut reconnaître que la plupart des morceaux de cette époque sont inspirés et brillants. Le son d’une révolution en marche.

Cette période de grâce va en gros s’arrêter après le maxi “Windowlicker” en 1999. Chefd’oeuvre fracturé dont la folie dantesque était sublimée par un clip grimaçant de son alter ego, le réalisateur Chris Cunningham, où la tête caricaturée de Richard D. James se retrouvait collée sur des corps dénudés de bimbos siliconées. En 1999, l’Aphextwinmania bat son plein. Mais après ce sommet de bizarrerie malsaine, étrangement déconnecté de toute sortie d’album, les choses commencent à mal tourner. Aphex Twin se fait plus discret et disparaît quasiment après l’accueil particulièrement frais réservé à son décevant double album de 2001, Drukqs. Avec les médias, Aphex Twin s’est toujours montré très réservé, voire carrément hostile. Il lui arrivait tout de même de donner parfois d’ironiques interviews “face to face” et de se laisser éventuellement photographier. 

L’intervieweur en sortait avec l’impression désagréable d’avoir torturé un pauvre garçon qui ne demandait qu’à rester enfermé avec ses machines dans un gourbi sentant la chaussette tiède et la soupe de nouilles froide. “Parler à la presse est pour moi une torture. La nuit dernière, j’ai insulté ma copine en dormant. Je rêvais qu’elle était journaliste”, s’entend répondre un journaliste de Libération en 1996. Puis à partir de la généralisation des e-mails, Aphex Twin ne va plus répondre que de la manière la plus brève et elliptique possible, caché derrière son clavier. Est-ce parce que l’ironie passe mal par mail, mais on sent poindre dès ce moment-là une arrogance de plus en plus manifeste derrière la timidité. Sommet du genre, “l’entretien” donné au quotidien espagnol El País en juillet dernier à l’occasion de son passage au Sónar: El País : Pourquoi ne pas avoir sorti de nouveau disque depuis aussi longtemps ? AFX: J’étais occupé à divorcer. Ma femme me volait. El País : Quelle relation avez-vous avec le public ? AFX: Je le déteste. El País : Pourquoi vous produire dans un festival comme Sónar ? AFX: Pour sortir un peu de chez moi. Inutile de préciser que le reste de l’interview est à l’avenant. Entretien exclusif extrait de notre numéro 47, paru en décembre 2011.

Tsugi : Qu’est-ce qui te dérange tant dans les interviews, pour que tu acceptes aussi rarement de parler à la presse, ou seulement par mail?

Aphex Twin: Ça prend beaucoup de temps. Du temps que je pourrais passer à rêver à de nouvelles choses. Dans un récent entretien accordé à un quotidien espagnol, tu disais haïr le public.

Qu’entends-tu par-là?

Je plaisantais.

À la lecture de cette interview, tu sembles détaché et désintéressé par ce qui t’entoure. Est-ce vraiment ton état d’esprit?

J’aimerais.

Qu’est-ce qui t’intéresse aujourd’hui? Par quoi te sens-tu concerné?

Tout m’intéresse, trop de choses. Je viens de me mettre à étudier les communications entre insectes. Tu viens d’avoir 40 ans.

Comment ressors-tu de ce passage symbolique?

J’ai l’impression d’avoir 22 ans. Le monde de la musique évolue rapidement.

Une grande partie du jeune public ne te connaît pas ou te voit comme un mythe un peu mystérieux. À être si discret, ne redoutes-tu pas que l’on t’oublie carrément?

Ahaha, bien essayé.

Ne crains-tu pas que ton prochain disque ne devienne à la façon des Guns N’ Roses le Chinese Democracy de la musique électronique?

Heureusement, je n’en ai jamais entendu parler.

De quoi vis-tu, maintenant que tu ne sors plus aucun disque et que tu tournes assez peu?

Je peux bien vivre de que dalle si ça me chante.

Depuis 2009, on te voit de plus en plus souvent sur scène. Pourquoi?

J’adore mixer.

Que ressens-tu sur scène?

Des bonnes vibes.

Ta motivation principale, c’est l’argent ou places-tu l’art au-dessus de tout?

Je suis intéressé par l’argent mais au final il faut toujours que je fasse quelque chose qui ne soit pas trop mauvais. Si tu n’es pas créatif, tu t’écroules.

Comment sonne la musique que tu enregistres en ce moment?

Merveilleusement bien ! 

Tu as récemment déclaré que tu avais divorcé parce que ta femme te volait. Comment est-ce possible?

Haha, je ne suis même pas marié.

Dans les années 90, tu disais avoir acheté un tank. L’as-tu toujours ? C’est quoi comme marque? Qu’est-ce que tu en fais?

Il est toujours en état de marche!

Travailles-tu toujours avec Chris Cunningham? Quels sont vos projets?

Rien n’est prévu pour l’instant, mais il serait surprenant que nous ne fassions rien d’autre de notre vivant.

Sauf erreur de notre part, tu as dit par le passé que tu détestais Radiohead. Pourtant, tu as récemment joué en live avec Jonny Greenwood. As-tu changé d’avis?

Je n’ai pas joué avec lui, juste dans un même genre de festival (ils ont tous les deux réinterprété des oeuvres de Krzysztof Penderecki pour un congrès européen de la culture à Wroclaw, Pologne, ndlr). Ils font de la musique pour de bonnes raisons, c’est la meilleure chose que chacun d’entre nous puisse espérer.

Qu’écoutes-tu en ce moment?

Le gargouillement de ma cafetière. Oh, et Zavoloka (Kateryna de son prénom, compositrice de musique contemporaine et électronique de Kiev, ndlr) !

À une époque, tu comparais la composition musicale à un journal intime. Plus tard, tu en as parlé comme d’un processus machinal et automatique. Où se situe la vérité entre intimité et mécanisation?

Wow, cool cette question à la française. Je ne suis pas certain de la comprendre.

Tu as le sentiment d’avoir toujours quelque chose à dire, musicalement parlant?

Hey, j’ai même pas encore commencé à déballer tout ce que j’avais à dire, mec.

Comment expliques-tu tes changements fréquents de pseudonyme au cours de ta carrière? Le plaisir de perdre l’audience, un vrai besoin d’explorer différentes approches ou juste l’impulsion du moment?

Un générateur de noms.

Tu travailles toujours à ton label, Rephlex?

Pas des masses.

Comment juges-tu tes débuts, comme Selected Ambient Works ou un morceau comme “Didgeridoo” ?

J’ai essayé de les reproduire, je n’y arrive même pas ! J’ai réessayé une dernière fois, j’ai repris exactement le même équipement pour cela et je n’ai toujours pas réussi. Je pensais que ce serait simple mais bordel, ça ne l’est pas !

Si tu pouvais revenir sur un moment de ta carrière et changer des choses, quelle époque de ton oeuvre modifierais-tu et en quoi?

Jolie question, je fantasme ces choses-là toute la journée. Rien n’est jamais fini, l’enregistrement de la musique donne juste l’illusion qu’il y a une perfection possible, mais la réalité c’est qu’une heure, un jour, une semaine plus tard, tu es d’une humeur différente, tu n’aurais pas fait les choses de la même façon. Les enregistrements sont des instantanés d’humeur et de la personnalité de l’artiste à un moment précis. Mon fantasme ultime, ce serait de pouvoir voir pour chaque morceau de ma bibliothèque musicale une vidéo montrant comment le morceau est créé, en contrôlant le positionnement de la caméra. On pourrait revenir un jour avant l’enregistrement, suivre l’un des producteurs qui chapeautent l’enregistrement… Et même pourquoi pas ensuite pénétrer à l’intérieur du morceau pour le modifier et voir comment modifier un morceau unique de ta bibliothèque musicale peut chambouler en cascade tous les autres parce que tu auras changé toute l’histoire de la musique. 

Selon toi, quels artistes ont marché sur tes traces en ton absence?

(aucune réponse)

Tous les indices portent à croire que tu serais derrière l’album de The Tuss en 2007. Pourquoi ne pas l’avoir dit? Pourquoi garder l’information secrète encore aujourd’hui?

C’est une expérience psychologique extraordinaire dont j’ai appris beaucoup, humainement…

Si tu devais suivre le plan de carrière de quelqu’un d’autre, serait-ce celui de JD Salinger, disparaissant du monde public après un gros succès, ou de Kraftwerk, s’évanouissant dans la nature pendant une décennie avant de revenir pour tourner comme une rock star?

Merci pour la comparaison avec de tels artistes. Je vois où vous voulez en venir mais c’est une grosse erreur de laisser ce type de pensées s’immiscer dans ce que tu fais… Je vois les choses à beaucoup plus long terme, du genre après ma mort… La façon dont les humains perçoivent le temps n’est qu’une des façons de voir les choses. Et nous sommes en réalité nés et morts au même moment, il n’y a pas de temps. Le présent, le moment où tu meurs, il n’y a pas d’ordre, c’est juste une manière qu’on a de voir les choses. 

Interview : Feu ! Chatterton “Bizarre de sentir une bulle spéculative autour de soi”











C’était quand la dernière fois où nous avons entendu un groupe Français se réclamer de Lautréamont, poète majeur du XVIIIe, auteur des Chants de Maldoror, précurseur du surréalisme ? Euh Sexion d’Assaut ? Allons, soyons sérieux. C’est bien sûr Noir Désir par le chant exalté de Bernard Cantat qui a redonné dans les années 90 une nouvelle jeunesse à un écrivain passé de mode. Vingt années et quelques plus tard, Feu ! Chatterton dans une emphase qui n’est pas aussi sans rappeler les meilleurs moments du supplicié de Vilnius, affiche son goût prononcé pour un romantico-dandysme qui n’a rien de poussiéreux. 

Grâce à des passages remarqués en décembre dernier aux Bars aux Trans puis au Printemps de Bourges ou au Francofolies de La Rochelle, Feu ! Chatterton casse aujourd’hui la baraque de la hype. Pourtant, le quintet parisien dont les membres affichent à peine 25 ans au compteur, a surgit il y a déjà deux ans grâce au clip “La Mort dans la Pinède”. Bon à l’époque, pas grand monde pariait sur eux. Avant leur passage dimanche à Rock à Seine, on s’est fait un petit skype en direct du Gers où ils étaient en résidence, histoire de faire plus ample connaissance.

Romantisme, dandysme, ce sont des mots qui reviennent beaucoup à votre sujet….

Arthur (chanteur et auteur) : Si les gens pensent ça de nous, c’est dû à plusieurs choses. Il y a mon costume sur scène, très habillé. C’est une vision un peu légère de ce que pourrait être le dandysme ou le romantisme. Et puis, dans ce que l’on raconte, il y a un certain lyrisme avec des fins assez noires et tristes. Mais il y a de l’ironie aussi.

Il s’est écoulé deux ans depuis “La mort dans la pinède”, votre premier titre, que s’est il passé entre temps ?

Sébastien (guitares) : C’était un titre assez abouti, que l’on continue à jouer de la même façon sur scène, mais les autres morceaux n’en étaient qu’au stade de maquettes. Mais si on a attendu pas mal de temps avant de sortir cet EP c’est aussi parce que l’on n’avait pas trouvé la bonne personne pour le réaliser. Dès qu’on a rencontré Samy Osta, on s’est très bien entendu avec lui donc on a décidé d’enclencher assez vite l’enregistrement. 

Arthur : C’est la scène qui a donné vie à nos morceaux. On avait des concerts de programmés et on s’est concentré là dessus pendant un an et demi. C’est ce qui nous a fait avancer. 

Sébastien : La cohérence de notre projet se comprend vraiment sur scène. 

Arthur : Notamment au niveau de l’énergie, des écarts d’intensité entre les morceaux, la cohésion du groupe, tout cela prend vraiment son sens sur scène. Il y a un contraste entre moi devant et l’énergie des musiciens.Et puis même si on ne l’a pas pensé comme ça, pour vivre de sa musique aujourd’hui, il faut faire de la route, et on est content de se sentir assez à l’aise dans ce domaine. 

Chanter en français a toujours été une évidence ?

Arthur : Oui. La première ambition du projet, c’était pour composer des chansons en français. 

Sébastien : L’aspect littéraire, le travail sur la langue française, c’est vraiment central pour nous. Feu ! Chatterton ne pourrait pas exister en anglais. 

Arthur : C’est surtout que l’on n’en a pas envie. Ça nous excite d’essayer de faire sonner la langue aussi bien que la musique. Que l’on comprenne les paroles tout en ayant une oreille attentive sur les guitares.

Vos influences sont plus littéraires que musicales ?

Clément (claviers) : L’aspect littéraire, c’est la porte d’entrée de ce que l’on fait.

Arthur : C’est parce que la voix est mise en avant, après si on avait vraiment des influences plus littéraires que musicales, ce que l’on fait serait nettement moins bien ou nettement moins ambitieux. On ne veut pas faire de la chanson traditionnelle. Les autres membres du groupe ont des ambitions très musicales, tout seul je ferais de la musique chiante…

Sebastien : C’est parce que l’on a des influences musicales fortes que l’on ne fait pas que de la chanson voix/guitare. Après c’est certain qu’on a beaucoup lu Lautréamont, Aragon…

Arthur : …Oscar Wilde, Baudelaire, Balzac pour ce gigantisme dans l’écriture, et plus récemment John Fante qui raconte la vie de loosers magnifiques.

Vous ne vous sentez pas décalés par rapport à votre génération ?

Arthur : Je te rassure, on est comme les autres, on passe notre vie sur Facebook à regarder si on a des nouveaux “likes”. Mais il faut avoir de l’espoir, on n’est pas tout seul.

Clement : On a encore quelques jeunes à nos concerts…

On évoque souvent Bashung à votre sujet…

Sébastien : On trouve ça assez cohérent. On l’adore et notamment l’album Chatterton bien sûr. C’est un des derniers mohicans de la chanson rock française. Arthur :  C’est un terrain d’entente commun comme Radiohead alors que l’on a souvent des goûts différents.

D’ailleurs, le côté dance de “La Malinche” ça vient d’où ?

Clément : On aime bien la musique moderne aussi. Ça nous arrive d’aller en boite pour danser sur de la techno.

Sébastien : Notre bassiste Antoine aime beaucoup l’électro, et même la psy-trance, l’acid house. J’adore aussi LCD Soundsystem. Chacun a ses influences qu’il met dans le groupe, c’est ce qui doit donner ce côté assez bizarre.

 Il y a souvent des références aux drogues dans vos textes, vous êtes familier des paradis artificiels?

Arthur : Pour être honnête, dans notre génération, tout le monde a une expérience de ce que représente les drogues de synthèse. Dans l’écriture, je pense que c’est une thématique intéressante qui permet d’ouvrir le récit vers quelque chose d’onirique et de psychédélique. J’aime mettre en scène des personnages qui peuvent se retrouver au milieu d’une grande illusion qui peut leur faire dire ou penser n’importe quoi. 

Vos ambiances sont sombres et graves, tant au niveau des textes que de la musique, est ce que cela correspond à vos personnalités ?

Clément : On a une forme d’humour particulier. Mais on est plus triste que Tryo ou la Rue Kétanou par exemple…

Arthur : On aime bien se marrer à mort, mais quand on travaille, même si on se prend pas au sérieux, on est très sérieux. On aime bien composer dans un climat mélancolique. C’est ce qui nous touche aussi dans la musique. On aimerait bien aussi réussir de belles choses légères, mais c’est plus dur : le bonheur, ça ne se raconte pas.  Par exemple, tout à l’heure on écoutait une chanson de Pierre Vassiliu “En vadrouille à Montpellier”. L’histoire d’un mec, il est en boite, il voit une fille de 16 ans, ça serait interdit aujourd’hui, et il raconte comment il commençe à la caresser. C’est de la joie pure, c’est heureux. Il y a donc des mecs qui arrivent à faire des belles chansons simples où ils sont contents, nous pour l’instant on n’y arrive pas.

Est ce que cela vous motive ou est ce que cela vous effraie le buzz qui peut y avoir autour de vous, la pression des maisons de disques pour vous signer ?

Sébastien : On essaie de s’en extraire un maximum mais je ne pense pas que cela nous effraie.  On en discute au cas par cas, mais ce n’est pas ce qui nous préoccupe aujourd’hui.

Arthur : C’est flatteur parce que le milieu de la musique n’est pas évident pour les jeunes aujourd’hui. On a une chance, il faut se servir de cet intérêt des professionnels et peut être bientôt du public on espère, pour avoir le plus de largesses possibles dans nos créations parce que ce qui est important c’est la musique que l’on fait. Il faut le prendre comme un encouragement, il ne faut pas non plus trop s’appesantir dessus sinon soit ça fait peser beaucoup sur les épaules soit ça fait se reposer. On continue donc à travailler. Mais sentir qu’il y a une bulle spéculative autour de nous, ça fait très bizarre parce qu’on a l’impression de faire de la musique un peu exigeante et ça fait plaisir de voir que ça plait.

Est ce que vous pourriez suivre l’exemple de Fauve qui est finalement resté indépendant en ne signant qu’un contrat de distribution ?

Sébastien : Fauve a eu la chance pratiquement dès le départ d’avoir un public très grand et ils ont pu ainsi autofinancer leur album. Nous, on verra bien, mais on n’en doute quand même un peu. Si nous voulons faire un bel album, et c’est pour nous fondamental, on aura besoin de finances pour l’enregistrer.

Arthur : Les deux premiers EP on a pu les autofinancer grâce notamment au Prix Chorus mais dans le futur, on aura sans doute des morceaux très ambitieux qui nécessiterons des orchestrations, ça coûte cher. On aime bien l’idée de s’enfermer en studio et de faire quelque chose qui semble insurmontable.

Feu ! Chatterton premier EP sortie le 8 septembre.

En concert ce dimanche à 14h30 à Rock en Seine, le 12 septembre au Point Ephèmere